«Aux yeux du public, les Hells Angels ont gagné»

La loi antigang manque de dents, croit le journaliste retraité Michel Auger, rencontré en marge de la sortie d'un livre sur les Hells Angels, qui préparent leur retour en force au Québec.

«Avec cette loi, on avait beaucoup d’espoir, on croyait que les Hells qui s’affichaient en public pourraient être arrêtés, mais elle n’a pas eu autant d’impact qu’anticipé», explique l’ancien reporter spécialiste du crime organisé.

Notre Bureau d’enquête sort cette semaine un livre aux Éditions du Journal concernant l’histoire des Hells Angels et leur parcours au Québec. Rencontré dans la salle de rédaction du quotidien auquel il a consacré 22 ans de sa longue carrière, M. Auger a accepté de revenir sur l’attentat dont il a été victime en 2000 et sur toutes les conséquences qu’il a eues sur le monde interlope.

Une partie du livre à paraître, que M. Auger qualifie de «rare document encyclopédique sur l’histoire des Hells Angels québécois», est consacrée à cet événement.

Six balles

«J’ai reçu six balles [en plein stationnement du Journal], et je me suis senti extrêmement chanceux de m’en sortir sans séquelles psychologiques, dit-il en rappelant que le tireur n’a jamais été pincé, contrairement au fournisseur de l’arme. J’étais le miraculé, j’ai pu continuer, sans être intimidé. Et ça m’a rendu connu, car, encore maintenant, on m’aborde dans la rue!»

L’ex-journaliste se porte bien à 72 ans malgré des balles de calibre .22 qui restent dans son corps à la suite de l’attentat dont il a été victime en 2000.

Le malheureux événement survenu en pleine guerre des motards opposant les puissants Hells Angels aux dangereux Rock Machine a contribué à faire adopter une loi antigang.

Parmi les nouvelles dispositions, les accusés reconnus coupables de gangstérisme doivent purger la moitié de leur peine avant de pouvoir demander une libération conditionnelle. Un nouvel article du Code criminel concernant l’intimidation d’un journaliste ou encore du personnel de la cour a aussi été créé.

«J’ai été une figure de proue, mais il ne faut pas oublier aussi la vingtaine de victimes innocentes tuées ou blessées», a insisté humblement M. Auger.

Tous les espoirs étaient ainsi permis quand la loi antigang a été adoptée. D’autant plus que l’opération Printemps 2001 avait permis de condamner d’influents membres des Hells Angels, dont le chef de la section élite Nomads Maurice «Mom» Boucher.

«Ce que j’espère, c’est que les gens qui m’ont attaqué ne soient plus là, dit M. Auger. Je pense à “Mom” qui est encore en prison. La pression après l’attaque contre moi a envoyé le message que ce n’était pas une bonne idée de s’attaquer aux médias.»

Confiance minée

Les 156 arrestations lors de l’opération SharQc en 2009 laissaient croire que le glas avait sonné pour les Hells Angels, rappelle l’ancien journaliste. Le spectaculaire arrêt des procédures, sept ans plus tard, a plutôt miné la confiance envers le système judiciaire.

«Aux yeux du public, les Hells Angels ont gagné et le système n’a pas pu rendre justice, explique-t-il. La machine n’a pas été à la hauteur, la lenteur du système a causé des dommages à long terme, le public a perdu confiance. C’est une expérience malheureuse pour la société que ça finisse comme ça.»

M. Auger constate que le système québécois est peu équipé pour des procès d’envergure. Il le compare à celui américain, où tout peut aller très vite. Une piste de solution serait de retourner à la base, avec des enquêtes policières parfaitement menées.

«C’est du simple travail policier traditionnel, il n’y a pas de loi miracle qui va changer ça», affirme-t-il.

Les autorités devront s’activer pour contrer le crime organisé, estime M. Auger. Car le plus grand risque, croit-il, est que les bandits tentent maintenant d’infiltrer activement l’économie légale.

«Ça deviendra dur de les pincer», conclut-il.

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