Absence de recours pour les parents d’élèves du privé

Quatre mères insatisfaites de la manière dont une école privée a géré des cas d’intimidation se tournent en dernier recours vers le Protecteur du citoyen.

«Il n’y a aucun autre recours pour les élèves du privé parce qu’il n’y a pas de protecteur de l’élève», lance Christine Gingras, qui encourage d’autres parents à faire de même.

Cette mère multiplie les démarches depuis que sa fille a été victime d’intimidation en 2014, ce qui a mené à un diagnostic d’anxiété généralisée. Mme Gingras estime que l’école primaire privée que fréquentait sa fille, l’Académie des Sacrés-Cœurs à Saint-Bruno-de-Montarville, n’a pas mis en place toutes les mesures pour protéger son enfant, tout comme trois autres mères qui ont entrepris des démarches semblables.

De son côté, la direction de l’école n’a pas voulu commenter la situation parce qu’un processus de médiation est en cours.

À la Fédération des établissements d’enseignement privés, son président Jean-Marc St-Jacques reconnaît qu’il n’y a pas de mécanisme indépendant dans le réseau privé qui permet à des parents insatisfaits de se faire entendre. Ils peuvent toujours entreprendre des démarches auprès du conseil d’administration, mais «il n’y a pas de recours autres que par l’école», précise-t-il.

Dans un échange de courriels, le ministère de l’Éducation a par ailleurs expliqué à Mme Gingras que toutes les écoles sont tenues de mettre en place les mesures prévues dans leur plan de lutte contre l’intimidation. Le ministère ne peut toutefois porter de jugement sur la qualité de ces interventions, peut-on lire.

Un protecteur de l’élève au privé?

Dans le réseau public, des parents insatisfaits peuvent se tourner vers le protecteur de l’élève, qui relève de chaque commission scolaire. À la Coalition avenir Québec, le député Jean-François Roberge propose de modifier cette structure afin que des protecteurs de l’élève soit désignés pour chaque région, ce qui permettrait aussi d’inclure les écoles privées de ce territoire.

«Au public, le protecteur de l’élève est inefficace et au privé, il est inexistant», lance M. Roberge, qui précise que ce mécanisme pourrait être mise en place «à coût nul». Le député péquiste Alexandre Cloutier pense aussi que les parents dans le réseau privé devraient bénéficier «d’une véritable procédure d’appel».

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on rappelle que Sébastien Proulx s’est déjà montré ouvert à modifier le rôle du protecteur de l’élève pour l’élargir au privé. «Plusieurs scénarios sont évalués actuellement et nous travaillons en collaboration avec le protecteur du citoyen», a indiqué son attachée de presse, Marie Deschamps.

Or selon Claire Beaumont, titulaire de la chaire de recherche Sécurité et violence en milieu éducatif à l’Université Laval, l’important est que les parties en arrivent à «trouver un terrain d’entente», peu importe les structures en place.

De son côté, Mme Gingras précise que tout ce qu’elle réclame, ce sont des excuses de la part de la direction de l’école. «En envoyant nos enfants au privé, on pensait qu’ils seraient mieux protégés contre l’intimidation, laisse-t-elle tomber. On s’est trompé.»

LE PROTECTEUR DE L’ÉLÈVE SOUS LA LOUPE
 
Il y a dix ans, le Protecteur du citoyen avait recommandé au ministère de l’Éducation de doter le réseau scolaire d’un mécanisme de traitement des plaintes, ce qui a été fait en 2010 avec la mise en place d’un protecteur de l’élève dans chacune des commissions scolaires. Pour faire le point, le Protecteur du citoyen mène présentement un «état de situation» afin d’analyser les procédures qui ont été mises en place. Un rapport est prévu à l’automne.
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