Incursion au cœur de la magistrature

Bien connue du public pour ses commentaires sur l’actualité judiciaire, la juge retraitée Nicole Gibeault propose une rare incursion dans les coulisses de la magistrature avec son livre On m’appelle encore « Madame la juge ».

Pendant 23 ans comme juge à la Cour du Québec, Mme Gibeault n’avait pas le droit de faire des déclarations publiques ailleurs que sur le banc.

Maintenant que ce chapitre de sa vie est révolu, elle est régulièrement invitée dans les médias pour analyser des procès et des jugements.

Mais en raison de son ancienne fonction, les questions sur sa vie de juge refont souvent surface, explique-t-elle en entrevue au Journal. Et c’est de là qu’elle a eu l’idée d’écrire un livre sur sa carrière.

« À 37 ans [lorsqu’elle a été nommée juge], je n’avais plus le droit de faire des entrevues ni de parler en public, dit Mme Gibeault. J’ai dû apprendre à me retenir, parce que je parle beaucoup ! Mais j’ai vécu des expériences que j’ai voulu transmettre en écrivant ce livre, avec authenticité parce que je suis incapable d’être autrement. »

Carrière bien remplie

C’est que la juge retraitée a eu une carrière bien remplie. Après avoir commencé sa carrière avant la Charte canadienne des droits et libertés, elle s’est imposée comme jeune avocate dans un milieu principalement masculin.

C’était à l’époque où les commentaires de mononcles étaient fréquents, particulièrement lorsqu’elle allait rencontrer des détenus, peut-on lire dans son livre.

Puis elle est devenue la première femme juge dans le district de Hull.

« C’est sûr que j’avais eu un petit frisson, je me demandais comment j’allais être acceptée », dit-elle en racontant la folie médiatique qui s’en était suivi.

Au fil de son récit de 150 pages, elle explique comment elle a accédé à la magistrature, mais aussi comment elle l’a vécue, de l’intérieur.

« Nous sommes humains, passionnés, on ne peut pas passer à côté de cela », affirme-t-elle.

Bagage de juge

Pour illustrer les années qu’elle a passées au sein de la magistrature, Mme Gibeault explique que les deux seules toges qu’elle a portées sont « usées à la corde ».

Elle raconte la première condamnation qu’elle a prononcée, les drames, mais aussi les joies quand des accusés se sont repris en main.

« On représente une institution, mais on a aussi un cœur, son bagage de vie, affirme-t-elle. Et ça, on n’en parle jamais. »

À sa retraite, Mme Gibeault est maintenant « de l’autre côté de la barrière ».

Elle a été très présente lors de grands procès, tels ceux de l’ex-cardiologue Guy Turcotte ou de l’assassin Luka Rocco Magnotta. Et elle explique au public le système judiciaire.

Car malgré les critiques – elle cite notamment l’arrêt Jordan sur les délais déraisonnables – elle voue un amour profond pour le système judiciaire, dans lequel elle a baigné pratiquement toute sa vie.

« Je l’aime encore et je vais continuer à le défendre », dit-elle au bout du fil.

Son livre, aux éditions Stanké, sera disponible à partir du 14 février.

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