Plus de bénéfices sans pesticides

Les agriculteurs pourraient gagner plus et produire mieux en remplaçant les pesticides par une simple assurance collective, d’après une étude internationale qui examine une expérience menée en Italie avec succès pendant 29 ans.

« L’observation de deux grandes régions en Italie a montré que, dans l’immense majorité du territoire, il n’y a pas de ravageurs, donc pas de nécessité de traiter avec des pesticides », indique le Dr Jean-Marc Bonmatin, chercheur au Centre national de la recherche scientifique, en France.

Le chercheur dirige le plus important regroupement international de scientifiques qui étudient les effets des pesticides néonicotinoïdes, le Task Force on Systemic Pesticides.

Ces produits sont appliqués comme enrobage des semences, en particulier de maïs et de soya, pour prévenir les infestations de ravageurs. Il y a une semaine, Québec a annoncé de nouvelles règles pour limiter leur utilisation.

L’exemple italien montre que, plus qu’une limitation, une interdiction est possible sans affecter les rendements et les profits des agriculteurs, au contraire, indique le Dr Bonmatin.

Son équipe dévoilera aujourd’hui, dans la revue scientifique Environmental Science and Pollution Research, une étude menée en Italie, sur un vaste territoire de 50 000 hectares où les pesticides sont proscrits.

Même sans produit

Malgré cette interdiction, seulement 4 % des champs sont réellement attaqués par les ravageurs. « On a été sidérés de se rendre compte que, finalement, les pesticides ne servent à rien », dit le chercheur du CNRS. Pour lui, « le monde agricole se fait avoir avec les pesticides ».

Pour les remplacer, les agriculteurs italiens ont créé une assurance mutuelle qui couvre les pertes de récolte en cas d’infestation. Ils cotisent chacun l’équivalent de 5 $ par hectare à ce fonds commun, soit dix fois moins que ce qu’ils payaient pour les pesticides.

L’assurance sert de garantie en cas d’échec des principes de lutte intégrée contre les ravageurs, principes qui, en Italie, sont appliqués à l’échelle régionale plutôt qu’en vase clos comme chez nous. Ils impliquent la rotation des cultures, la plantation de variétés plus résistantes et l’utilisation de pièges ou de prédateurs des ravageurs, notamment.

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